UE contre Meta

12/4/2025

UE contre Meta

Bruxelles cible l'IA WhatsApp de Meta

L'UE a ouvert une enquête antitrust sur l'utilisation par Meta d'outils d'IA au sein de WhatsApp, une application de messagerie comptant plus de trois milliards d'utilisateurs actifs.

Les régulateurs affirment que l'approche de Meta pourrait empêcher les fournisseurs d'IA concurrents d'atteindre les utilisateurs. Meta a intégré son chatbot IA dans WhatsApp en mars et a annoncé une mise à jour restreignant l'accès aux chatbots concurrents.

La cheffe de l'antitrust de l'UE, Teresa Ribera, a averti que l'UE devait agir rapidement pour "prévenir tout préjudice irréparable potentiel à la concurrence dans le domaine de l'IA."

Les chatbots face au droit de la concurrence

L'affaire Meta est l'une des premières à tester comment le droit de la concurrence s'applique à l'IA générative. Les régulateurs craignent que les plateformes dominantes puissent enfermer les utilisateurs dans des assistants propriétaires (comme Meta proposant Meta AI sur WhatsApp), limitant ainsi le choix et l'innovation.

Meta qualifie ces accusations de "sans fondement," invoquant la charge système causée par l'IA externe et la facilité d'accès aux chatbots concurrents via d'autres plateformes.

La Commission européenne rétorque que les marchés de l'IA en plein essor nécessitent un accès ouvert. L'issue pourrait créer un précédent pour l'intégration de l'IA dans la messagerie, la recherche et le cloud.

Bruxelles élabore le cadre réglementaire des marchés numériques

L'UE est devenue le régulateur le plus strict au monde en matière de technologie. Au cours de la dernière décennie, elle a infligé des milliards d'amendes à Google pour biais dans la recherche, à Apple pour les restrictions de l'App Store et à Meta pour les modèles de consentement forcé.

Désormais, trois réglementations majeures définissent l'approche européenne :

  • Digital Markets Act (DMA) : Depuis 2022, les "contrôleurs d'accès" comme Google, Apple et Meta sont soumis à des règles strictes concernant la messagerie, les boutiques d'applications et les services cloud.
  • Digital Services Act (DSA) : Se concentre sur la sécurité en ligne, la transparence et la responsabilité des plateformes.
  • Artificial Intelligence Act (AI Act) : Adopté en 2024, il établit un précédent mondial en interdisant les utilisations nocives de l'IA.

Opposition américaine aux règles européennes sur l'IA

La Maison Blanche considère les lois strictes de l'UE comme des attaques contre les entreprises américaines. Le président américain a menacé d'imposer davantage de droits de douane aux pays appliquant des règles numériques "discriminatoires".

Sous pression, Bruxelles a proposé de reporter certaines parties de son AI Act jusqu'en 2027, concernant la surveillance des systèmes à haut risque. Les critiques affirment que le rôle de l'Europe en tant que référence mondiale en matière de normes est menacé, tandis que les partisans soutiennent que cela pourrait stimuler l'innovation.

L'UE est en retard par rapport aux États-Unis, avec pas une seule entreprise européenne parmi les 20 entreprises cotées les plus valorisées au monde.

Les règles de l'UE peuvent façonner les marchés

Pour les investisseurs, la réglementation elle-même est un facteur de mouvement des marchés. Lorsqu'une entreprise s'adapte à des règles européennes plus strictes, les changements sont souvent appliqués à l'échelle mondiale.

Tout comme les hausses de taux d'intérêt ou les publications de données sur l'inflation, les nouvelles règles et enquêtes antitrust peuvent remodeler les valorisations.

  • Les amendes antitrust de l'UE peuvent atteindre jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial.
  • Les enquêtes peuvent déclencher une volatilité du cours de l'action des entreprises ciblées.

Dans le cas de Meta, l'enquête a été éclipsée par l'annonce de Meta réduisant ses investissements controversés dans le métavers. Une promesse de réductions massives des coûts a fait monter l'action jeudi.

Scissions et amendes qui ont changé la donne

L'antitrust désigne les règles qui empêchent les entreprises d'abuser de leur pouvoir de marché ou de bloquer la libre concurrence. Certaines affaires ont laissé des traces durables sur les marchés mondiaux :

  • Standard Oil (1911) : Scindée en 34 entreprises, définissant le droit américain des monopoles.
  • AT&T (1982) : La scission a ouvert les marchés des télécommunications aux États-Unis.
  • Microsoft (1998) : L'affaire a freiné le bundling logiciel, influençant l'essor d'autres géants technologiques.
  • Amendes UE contre Google (2017–2019) : Des milliards de pénalités pour biais dans la recherche et domination d'Android.
  • Apple (2024) : Amende de 1,8 milliard d'euros pour restrictions de l'App Store sur le streaming musical. Séparément, Apple a perdu un recours contre une injonction de récupération fiscale de 13 milliards d'euros de l'UE — une affaire d'aides d'État, et non d'antitrust.

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